vendredi 3 février 2017

M. l'abbé Patrick Duverger lâche la doctrine et suit son cœur


La semaine de l'Unité fut pour le district du Bénélux, dont le supérieur est l'abbé Patrick Duverger, l'occasion d'un communiqué très représentatif de la spiritualité de la néo-FSSPX. Il est consultable à cette adresse Web :


Voyons ce qu'il propose :

1. Passons d'abord à côté de la logique
L'intitulé de la semaine de l'Unité est de prier pour la conversion des Orthodoxes et des Protestants, donc dans la logique la plus sèche, il s'agit de prier pour leur conversion. C'est alors qu'on glisse vers le sentimental spirituel en proposant de prier pour le pape. Certes, le spirituel n'excluant pas d'avoir de l'esprit, il y avait un beau prétexte à l'ironie : on pouvait prier pour qu’un pape revienne lui-même dans l'unité de l’Église. Mais l'auteur se tient bien loin de l'humour et verse dans le mystère de la papauté, au risque de mettre le lecteur dans la confusion.
Une fois que l'on s'est débarrassé de la contraignante logique, on peut alors mener le lecteur dans de multiples sentiments utiles à la politique de Menzingen.

2. Le problème de Vatican II est dépassé
Le concile Vatican II est un démolisseur de l'unité de l’Église : celle-ci n'est plus définie selon l'unité de la Foi mais autour de la personne du pape (ce qui permet aux pays laïcistes de considérer l’Église comme une multinationale dont le pape est le PDG), et le concile va gravement plus loin en faisant de l’Église "le signe et le sacrement de l'unité du genre humain" (et c'est là qu'ils instituent l’Église Conciliaire, plus ou moins consciemment). Cela n’est pas dénoncé, comme ça en était l’occasion, et le texte semble vraiment contourner le problème.
Certes, les prêtres de la Fraternité publient encore de fines analyses des erreurs de Vatican II ainsi que les développements qui ont suivi, mais à quoi bon cette science s'ils n'ont plus la charité de l'appliquer dans leurs enseignements ?

3. Une intention de prière étrangement exprimée
On dirait qu’il faut reprier pour ce qui a déjà été demandé par le Christ à son Père : « prions avec plus d'insistance pour que le Pape confirme ses frères dans la foi »
C'est Jésus qui a d'abord prié cela, par conséquent il nous faut être extrêmement humbles si l'on prétend également accompagner cette intention dans nos prières, mieux vaudrait exprimer l'intention de manière indirecte.
En tout cas, pour ceux qui arriveraient à l'approcher pour lui parler de choses sérieuses, il faudrait reprocher au pape de faire obstacle à la grâce du Christ. 

3a. Cette idée n’est pas nouvelle dans les récentes évolutions de la Fraternité :


En mai 2013, suite à l’élection du pape, Mgr Fellay : « plus que jamais, c’est le moment pour tous les catholiques traditionnels de prier pour le trône de Pierre, pour le don de force dans l’accomplissement de la mission du pape de ‘confirmer ses frères dans la foi’ » (DICI n°275). On apprécie cette fois la précaution d’intercaler le don de force dans l’intention de prière, il aurait fallu d’abord ajouter la crainte de Dieu concernant Bergoglio.

3b. Et ce n’est pas un signe de fermeté :

Jean-Paul II a expliqué qu’il voyageait « pour annoncer l’Évangile, confirmer ses frères dans la foi, consoler l’Église, et pour rencontrer l’homme ». On appréciera l’efficacité d’une telle intention.
Ce point de la foi catholique est soigneusement reproduit dans la catéchèse post-conciliaire, comme on peut le voir par exemple sur le site Web du diocèse de Paris : « Ensemble [les évêques] forment le collège apostolique, présidé par le Pape. Le Pape, évêque de Rome, successeur de St Pierre, est le premier parmi ses frères évêques : Pierre en effet apparaît toujours, tant dans les Actes des Apôtres que dans les Évangiles, comme le premier de la liste des douze, et il est celui à qui Jésus ressuscité a demandé de confirmer ses frères dans la foi. ». Il est plusieurs fois mentionné dans le nouveau catéchisme de 1992 (§552, §641, §891), dans le compendium de 2005 (§109), ce qui n’est pas surprenant puisque l’unité de l’Église se définit autour de sa personne dorénavant.

4. Atténuer la critique à l'encontre des autorités romaines
« des ferments de division à l'intérieur même de l’Église se développent par les affirmations équivoques et ambigües dans l'exhortation apostolique Amoris Laetitia »
D'abord il faudrait dire "à l'intérieur de l'Eglise Conciliaire", ensuite, une phrase aussi abstraite n'atteint pas efficacement les protagonistes des nouveautés. C'est supposer que Bergoglio, l'homme sous la soutane du pape, ne s'est pas aperçu qu'il y avait des passages ambigus, voire qu'il est nul en théologie morale (puisqu'il n'a pas fait Ecône ?).
« Des évêques et des prêtres progressistes n'ont pas manqué d'appliquer ces affirmations dans le sens le plus laxiste »
Par une telle phrase, on ignore à quel point François Zéro leur a ouvert la voie...

5. Admirer toute réaction traditionnelle au "sein" de l’Église
Cela concerne tout le paragraphe : « C'est pourquoi les cardinaux Walter Brandmüller, Raymond L. Burke, Carlo Caffarra, Joachim Meisner [...] Mais faudrait-il changer la vérité parce qu'elle n'est plus acceptée ? »
Ces quatre braves cardinaux sont soudain présentés comme de constants piliers de la Foi ! Sans doute sont-ils sur une bonne voie à cause de ces problèmes autour du mariage, en attendant ils sont notoirement attachés aux textes de Vatican II, lequel inverse les fins du mariage. Cela aurait pu être simplement rapporté à titre factuel, pour souligner le problème d'Amoris Laetitia, éventuellement avec une légère complaisance pour les arguments choisis par les cardinaux.
Mais le sens de ce paragraphe est certainement "gardez espoir, on a des amis dans la place", très conforme à la pensée de son supérieur général. En effet cette idée revient souvent dans le discours de Mgr Fellay depuis plusieurs années, et tout récemment dans sa conférence du 8 octobre dernier, dans la section "des soutiens inattendus" (consultable dans Nouvelles de chrétienté n°161 de sept-oct 2016, ainsi que sur dici.org). Ce qui appelle un petit développement.
Le 8 octobre dernier, Mgr Fellay a expliqué que plusieurs évêques qui souhaitent pour l’instant garder l’anonymat – certainement pour échapper à la tyrannie des conférences épiscopales – ne veulent plus de cette déroute de l’Église et souhaitent remettre de l’ordre dans leurs diocèses : l’un essaye de faire enseigner la bonne théologie, un autre met l’accent sur la liturgie ; et ces évêques ne se moquent pas de la Fraternité et encouragent Mgr Fellay à bien défendre son dossier face à Rome. Encore une fois, il donne toutes ces explications car il s'imagine que les fidèles de la Fraternité sont des gens très fermés, mais notre position en faveur de la Fraternité est constamment révisable et assez bien renseignée : nous n'ignorons pas qu'une majorité de prêtres et d'évêques (qui n'ont malheureusement pas du tout pris le parti de Mgr Lefebvre) pensent qu'il est important que les fidèles sauvent leur âme (on leur reproche surtout de vouloir le faire avec des moyens abîmés par Vatican II), et nous n'ignorons pas qu'il y a même des monitions de la Rome conciliaire pour que le clergé garde sa dignité cléricale. Nous aurions donc un nombre progressif d’évêques qui sont « dans le vrai » dorénavant et qui « ne lâcheront plus », mais pour l’instant « embêtés et coincés dans le système » (donc pas mieux que beaucoup d’anciens du Coetus Internationalis Patrum dans les années 60 !) – tandis que, notons-le, en parallèle la nouvelle génération d’Ecône est moins combative que jadis. Un simple test : ces évêques en voie d’affermissement encourageraient-ils Mgr Fellay s’il décidait maintenant de sacrer un évêque contre l’autorisation de Rome ?

6. Prendre la liturgie à témoin de ses lubies
« Oremus pro Pontifice nostro [...] Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre Elle. »
L’abbé est parti dans le mystère de la papauté, il est incapable de redescendre sur terre, ce qui lui aurait permis d'observer que celui qui nous sert de pape aujourd’hui déteste les prières bourgeoises et que cette noble évocation ne lui inspire aucune émotion d’intérêt. Cette prière solennelle mentionnée à si mauvais escient couronne l'inconsistance, ou la duplicité, de cet article. Cela conduit encore à focaliser la prière des fidèles sur la demande que les progressistes fassent autre chose que du progressisme, ce qui était déjà l'objet de la croisade du rosaire de début 2014 (dont le vœu était, on le suppose volontiers, que Rome revienne à sa tradition) ; cela n'est pas forcément une impiété, mais il faut rester prudent, en gardant à l'esprit que la Providence opère surtout en se choisissant des âmes qui lui soient dévotes.
En novembre 2016, dans un des rares communiqués dénonçant énergiquement la scandaleuse déclaration conjointe de François avec les Luthériens, M. l’abbé Bouchacourt a conclu étrangement sur une intention de prière du même esprit : « Nous invitons les fidèles du District de France à prier et à faire pénitence pour le Souverain Pontife afin que Notre-Seigneur, dont il est le Vicaire, le préserve de l’erreur et le garde dans la vérité dont il est le gardien. » ; au lieu de prier pour que le pape cesse de se compromettre avec l’erreur et que, pour le moment, nous soyons protégés de la néfaste influence de cet homme, ce qui aurait été cohérent avec le reste de son communiqué.

7. Deux paragraphes corrects mais vidés de leur substance
Un paragraphe sur l'actualité de la prière pour les Orthodoxes et un paragraphe sur l'actualité de la prière pour les protestants, cela aurait pu servir pour bien considérer la semaine de l'Unité. Mais comme on veut prier pour le pape, ces deux paragraphes n'ont plus qu'un rôle informatif.
On aurait pu expliquer pourquoi l’on faisait exception à la semaine de l’Unité, peut-être parce que l’église conciliaire lui a conféré une fausse tonalité oecuméniste ; ou bien on aurait pu expliquer comment se protéger de cette influence oecuméniste, tout en priant pour les protestants et les orthodoxes. Mais comme on l’a vu dès le début, ce n’est pas la logique qui commande.

8. C'est la confusion partout
Ce thème de la confusion revient également souvent dans les discours officiels de la Fraternité depuis quelque temps. Et cette fois-ci l'argument a beaucoup de poids, car on rapporte là les impressions même de Paul VI.
Le texte est frappant : « Il y a un très grand trouble en ce moment dans le monde et dans l’Église […] et il répète plusieurs fois ce mot « cohérence » ».
Normalement, on cite ce passage pour évoquer la psychiatrie libérale de ce pauvre pape, et les tourments de conscience qui vont avec. Mais cette fois-ci, on prend ce texte à témoin, pour dire encore une fois qu'il n'y a pas de direction précise à l'actuelle crise de l’Église, qu'on n'en peut dégager aucune caractéristique, et alors on ne dépasse pas le lâche attentisme que le pape veuille bien ramener la paix dans l’Église (mais que vaudrons-nous lorsque cela aura lieu ?).
Il faut saisir que s’il y a aujourd’hui une confusion dans l’enseignement de Foi, il n’y a pas de confusion sur la conduite des affaires : pour s’en convaincre il suffit de regarder la conformité des orientations du pape François avec toutes les idées à la mode « dans l’Église » depuis 54 ans, ainsi que la sûreté de ses décisions lorsqu’il s’agit de faire avancer sa « pastorale ».

En conclusion
Cette critique est longue pour un texte qui ne voulait peut-être pas en dire autant, ce communiqué a pu être écrit à la hâte ou dans un moment de fatigue, mais je voulais prendre toutes les précautions nécessaires afin de ne pas blesser, tout en dégageant les réflexes mentaux qui se mettent en place chez les prêtres de la Fraternité saint Pie-X. Ajoutons que beaucoup de ce qui a dénoté dans cette critique s’est encore retrouvé dans l’interview de Mgr Fellay sur TV Libertés, dimanche dernier (29 janvier).
Et bien sûr il est toujours très valable de prier pour la consécration de la Russie, ainsi que pour la conversion des autorités de l’Église (pourvu que ce soit une intention bien éclairée). Et ajoutons : pour ne pas trébucher nous-mêmes quand beaucoup de bonnes gens, coincées dans le système de la néo-FSSPX, donnent dans la confusion.

D'après Gillou47